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Un patriotisme à contretemps

Henri Goldman

· BELGIQUE

Le surréalisme belge ? On est en plein dedans quand Georges-Louis Bouchez (MR) déclare son attachement sentimental à la Belgique unitaire alors qu’il n’en touche pas une en néerlandais. Ce week-end, Le Soir publiait la galerie des « nouveaux belgicains » prêts à tout pour « sauver la Belgique de la menace séparatiste ». C’est même devenu tendance, surtout du côté francophone, de déclarer son amour à la Belgique.

Mais à quoi peuvent bien servir aujourd’hui ces professions de foi au fumet anachronique ? Sont-elles susceptibles, dans l’hypothèse d’un éventuel scrutin anticipé, de dissuader les électeurs de voter Vlaams Belang ou N-VA ? Ce serait plutôt l’inverse : toutes les bonnes raisons qu’auraient des francophones de s’accrocher à la Belgique serviront d’argument pour les nationalistes flamands qui veulent la liquider. Et si les scores du Vlaams Belang et de la N-VA ne diminuent pas à cette occasion, la situation sera pire après qu’avant.
Si on pense que la Belgique est une plus-value pour tout le monde, ça doit pouvoir se démontrer. Les arguments rationnels ne manquent pas. Celui qui est classiquement avancé par la gauche syndicale : la sécurité sociale fédérale n’organise pas seulement la solidarité interpersonnelle des Belges via des transferts nord-sud, mais aussi est-ouest à l’intérieur de chaque Région, ainsi qu’entre les générations, où les jeunes wallons et bruxellois financent déjà les pensions des seniors flamands. Et celui qu’avancent souvent les politologues : aucun scénario n’existe pour diviser la Belgique, même à moitié dans un modèle confédéral. Sans oublier le nœud gordien bruxellois et l’opposition prévisible de l’Union européenne à toute initiative unilatérale de séparation.
Mais, manifestement, ces arguments rationnels ne suffisent pas à éteindre la mèche. La preuve par ce paradoxe : quand on les interroge sur leurs préoccupations, les Flamands ne placent jamais les questions institutionnelles dans le haut de leur liste. Et pourtant, ils votent de plus en plus pour des partis qui mettent un agenda nationaliste en avant. Comme si cet agenda n’avait pas pour but d’être réalisé, mais de servir d’exutoire à une angoisse identitaire qui a besoin de s’exprimer, indépendamment des conséquences.

Un autre imaginaire

Devant la puissance de l’émotionnel, le recours à la seule rationalité ne suffira jamais. La marée du nationalisme identitaire qui submerge presque toute l’Europe suggère que la vieille « question belge » s’inscrit désormais dans une « question européenne » qui l’englobe : l’angoisse identitaire flamande n’est plus qu’une variante de l’angoisse identitaire des Européens « de souche » face aux phénomènes migratoires et à leurs conséquences démographiques qui transforment inéluctablement le visage de nos villes de plus en plus cosmopolites.
 
Plus encore que la question climatique, le nouveau clivage politique et culturel qui déchire l’Europe oppose un nationalisme identitaire crispé et un cosmopolitisme ouvert. Il ne s’agit pas principalement d’une bataille d’arguments rationnels – même s’il ne faut bien sûr pas s’en priver – , mais d’une opposition entre deux imaginaires puissants.
Pour contrer le nationalisme flamand, l’attachement rétro à la Belgique – son surréalisme, son autodérision, sa bière et ses frites, l’Ommegang et les Gilles de Binche – a perdu d’avance. C’est un nouvel imaginaire cosmopolite et multiculturel qu’il faut promouvoir. Qui aura le courage de l’assumer dans la bataille électorale qui s’annonce ?
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