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Bruxelles : l'autre « coalition miroir »

Henri Goldman

· BRUXELLES
Scandale ! En proposant une formule de « coalition miroir » pour sortir du blocage fédéral, Joachim Coens s’est pris un feu nourri de tous les partis francophones. Son idée : rassembler dans un gouvernement les majorités constituées en Wallonie et Flandre. Le gouvernement fédéral serait alors le « miroir » des majorités des deux plus grandes Régions du pays.

Scandale pourquoi ? Parce que, comme le rappelle la politologue Caroline Van Wynsberghe sur le site de la revue Politique avec la plupart des commentateurs, « la proposition de Joachim Coens nie la réalité fédérale et l’existence des deux “petites” entités fédérées » (en l’occurrence Bruxelles et la communauté germanophone).

Mais est-ce bien là la véritable objection ? J’en doute. Il aurait suffi que Coens soit un peu plus subtil et propose une « coalition miroir » à partir des majorités communautaires – soit des gouvernements de la Communauté flamande et de la Communauté française –, et le tour était joué. Comme les partis concernés sont exactement les mêmes dans les Communautés et dans les deux grandes Régions, cette modulation de la proposition ne changeait rien quant à la composition du gouvernement fédéral qui en aurait découlé. Cette façon de présenter les choses eut été d’ailleurs plus conforme à l’esprit du prescrit constitutionnel. Le gouvernement fédéral doit être linguistiquement paritaire. Il est donc composé à partir d’une réalité communautaire et non régionale. Je n’ai jamais entendu qu’on se plaigne que cette composition « nie le fait bruxellois ».
D’ailleurs, la Région bruxelloise elle-même n’est-elle pas dirigée par une autre « coalition miroir » ? Les Bruxellois·es élisent deux collèges de parlementaires qui constituent chacun leur majorité en ignorant ce qui se passe dans l’autre collège, puis on assemble les deux et on voit ce que ça donne. C’est ainsi que les libéraux sont dans l’opposition francophone et dans la majorité néerlandophone. Cette formule n’est-elle pas la première des négations du « fait bruxellois » en ce qu’il transcende les divisions communautaires ?
Ne faisons pas semblant de croire que la proposition Coens n’aurait visé qu’à bricoler par la bande une forme de confédéralisme binaire excluant les Bruxellois. Son seul objectif était de trouver un biais pour forcer un gouvernement rassemblant le PS et la N-VA, formule à laquelle le CD&V s’accroche de toutes ses forces et dont le PS, jusqu’à nouvel ordre, ne veut à aucun prix.

Réinvestir un espace fédéral

À juste titre. Un tel attelage prolongerait inévitablement les grandes options de la coalition précédente. Mais, qu’on arrive à mettre sur pied la « coalition Vivaldi » (arc-en-ciel + CD&V) ou qu’on se dirige vers de nouvelles élections, il ne suffira plus d’affirmer son attachement à la Belgique – quel pied de nez à l’Histoire, quand on y pense – pour faire pièce au « confédéralisme de riches » prôné par la N-VA. Un fédéralisme de coopération, basé, comme il se doit, sur quatre Régions, ne peut vivre hors de l’existence d’un espace démocratique et délibératif fédéral. Ce réinvestissement doit passer par la recomposition de vraies familles politiques à l’échelle du pays. S’il existe bien des partis politiques européens regroupant des élus·e·s de tout un continent, serait-il impossible de faire encore exister des partis à l’échelle du petit espace fédéral belge ? À une échelle encore plus réduite, ne peut-on recomposer des partis bruxellois « bilingues » dont l’inexistence contredit l’affirmation devenue rituelle que Bruxelles est autre chose que le lieu de rencontre des deux tribus belgo-belges, alors que, dans leur majorité, les Bruxellois·es n’ont désormais plus rien à voir avec ces deux tribus ?

D’ailleurs, si on veut que « le fait bruxellois » puisse inspirer le reste du pays, c’est sans doute par là qu’il faudrait commencer.
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